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2002-12-20
Éloge de la sieste

Auteur de Power Sleep , qui fait l’éloge de la sieste comme moyen d’augmenter notre productivité et d’atteindre un équilibre de vie, le psychologue américain James Mass estime qu’un somme de 20 minutes en après-midi procure plus de bienfaits que 20 minutes supplémentaires de sommeil le matin. Courte (pas plus de 30 minutes) et pas très profonde, la sieste permettrait en fait de recharger nos batteries et augmenterait notre capacité de prendre des décisions et de mémoriser sans compter l’amélioration de notre humeur.

Un besoin naturel

Dans notre société, la sieste qu’on admet volontiers chez les jeunes enfants ou les personnes âgées, est habituellement limitée aux weeks-ends ou aux vacances pour les travailleurs actifs, et souvent entrevue comme une forme de paresse ou de laisser-aller. Erreur! Estime le Dr Stampi, neurologue et directeur de l’Institut de chronobiologie de Boston. C’est un processus mental normal du corps qui n’est d’ailleurs pas seulement lié au manque de sommeil, dit le spécialiste. Si on regarde l’évolution, le sommeil n’a pas toujours été monophasique. Avec le temps, parce que cela convenait mieux à notre mode de vie, on a appris à concentrer notre sommeil la nuit. Mais la majorité des espèces, tout comme les bébés humains, sont polyphasiques et éprouvent plusieurs fois le besoin de dormir en 24 heures.

Le creux diurne se situe habituelllement après le dîner. Rien à voir pourtant avec la nourriture ingurgitée à moins de s’être livré à de véritables débordements. Alors, pourquoi cette envie soudaine de piquer un petit somme?

« Certains avancent l’idée de ryhmes semi-circadiens qui connaîtraient un premier creux, le plus important, au moment du sommeil le plus profond de la nuit puis encore une fois dans le jour, habituellement 12 heures plus tard » , explique le Dr Godbout, psychologue, membre de la Clinique du Sommeil de l’Hôpital Sacré-cœur et professeur au département de psychiatrie à l’Université de Montréal. En 24 heures, on connaîtrait donc deux creux, un grand correspondant au sommeil profond de la nuit et un autre, nous appelant à la sieste.

Pour expliquer le phénomène, le Dr Stampi revient à l’évolution : « Cela a sans doute à voir avec la chaleur, dit-il. À l’époque où les humains sont apparus, le point le plus chaud de la journée correspondanit avec le milieu de la journée et avec une baisse d’énergie qui conduit à la sieste qui fait d’ailleurs toujours partie du quotidien dans bien des pays chauds. » En se dispersant vers d’autres lattitudes, l’humains a délaissé la sieste, mais n’en éprouve pas moins une perte d’énergie plus ou moins importante à ce moment bien précis de la journée.

Directrice du laboratoire de chronobiologie de l’Hôpital du Sacré-Cœur et professeur au département de phychiatrie de l’Université de Montréal, Marie Dumont parle de la conjonction de deux processus qui amènent ce creux de mi-journée. « Le processus homéostatique en est un d’équilibre, dit Mme Dumont. S’il y a longtemps qu’on est éveillé, on a plus de chances d’être fatigué. À cela s’ajoute le rythme circadien, contrôlé par une horloge biologique centrale fonctionnant sur un rythme de 24 heures. Quand les deux creux se rencontrent, on sent une baisse de régime et on a envie de dormir. » Si l’envie irrépressible de fermer les yeux vous prend, n’ayez surtout pas de complexes,car vous êtes en bonne compagnie. Napoléon, Léonard de Vinci, Johannes Brahms, Albert Einstein, John F. Kennedy et Thomas Edison, par exemple, ne levaient pas le nez sur ce message intérieur. À leur réveil, quelques minutes plus tard, ils étaient frais, détendus et prêts à bouleverser l’univers pendant que le reste du monde continuait de « dormir sur la switch ».

Guide du parfait siesteur

Vous êtes vendu à l’idée de faire une sieste quotidienne au besoin, mais vous voudriez que celle-ci soit la plus efficace possible. Ne dormez surtout pas trop longtemps habituellement entre 15 et 20 minutes, et jamais plus de 30 minutes. Sinon, vous risquez de sombrer dans un cycle de sommeil profond dont vous sortiriez difficilement et dans un état d’engourdissement qui n’a rien de rafraîchissant.

Si vous n’êtes pas en situation chronique de privation de sommeil, vous devriez naturellement vous réveiller par vous-mêmes, mais sinon, demandez à quelqu’un de le faire ou utilisez un cadran.

Si vous ne vous endormez pas rapidement malgré votre sensation de fatigue ou même si vous ne vous endormez pas du tout, ne vous inquiétez pas ce petit repos vous sera profitable de toute façon.

Choississez idéalement un endroit tranquille et sombre, et si vous le pouvez, allongez-vous ou installez-vous le plus confortablement possible. Pas question d’enfiler le pyjama ou de chercher un édredon : une sieste est un sommeil l’équivalent d’une collation, pas un repas cinq services.

Non, les siestes ne s’adressent pas à tout le monde. Une partie de la population ne peut pas faire de sieste. Ou bien ils n’en ressentent pas le besoin ou bien ils en ressortent complètement sombies et peuvent mettre une heure à s’en remettre. Les lève-tôt auraient d’ailleurs une plus grande propension à faire des siestes que les oiseaux de nuit.

De grâce, si vous êtes au volant et que vous vous sentez sur le point de vous assoupir, trouvez un endroit calme et piquez un petit somme. Vaut mieux arriver quelques minutes plus tard que de finir dans le décor.

Réf : La Presse, 24 novembre 2002
Lilianne Lacroix




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